Je déteste les personnes qui se servent de leur blogue pour parler de leur vie.
Premièrement, on s’en fout. Est-ce que je veux vraiment savoir que Mimi-la-Souris a eu une grosse peine hier soir quand un certain Benoit, dont je ne sais rien, a écouté le hockey toute la soirée et ne lui a prêté aucune attention malgré le fait qu’elle a dépensé une fortune sur un ensemble de lingerie bleu pâle avec des fleurs roses? Est-ce que j’ai demandé à me faire raconter ce que le petit monstre de fils de Philippe450 a fait au Planétarium en fin de semaine et me faire montrer une photo avec ça?
Deuxièmement quand on ne s’en fout pas c’est pire. Il y a quelque chose de gênant à s’avouer abonné aux aventures tout à fait banales de Célibatorilette dans la Cité et se demander sincèrement si elle va finir avec Jean-Pierre ou Jean-Jacques ou encore s’avouer enfin son penchant homosexuel et épouser la belle Mathilde.
Troisièmement, on se sent humilié pour la personne qui écrit. Surtout quand elle écrit quelque chose comme “Moi je suis une étudiant en litérature Française et j’aimes beaucoup écrire et espére devenire une grande écrivain”. Surtout quand il y a son vrai nom et sa photo sur le blogue.
Cependant, aujourd’hui, je ne me sens pas d’humeur à continuer la longue liste des raisons pour lesquelles je déteste les bloggeurs qui crient leurs sentiments, désirs, plans de vie et échecs au monde entier. Aujourd’hui je suis en @mour. Oui, avec un @, ainsi qu’un www et un http://.
J’ai enfin trouvé la personne de mes rêves. Quelqu’un d’obsessif, émotionnellement dérangé et absolument fou de moi. Oui, aujourd’hui, quelqu’un a tapé mon nom six fois dans un moteur de recherche. Il s’est rendu six fois sur mon blogue et l’a fouillé six fois de fond en comble. Le chiffre de la bête ne trompe pas. (Bien sûr, il se peut très s’agir de six personnes différentes, mais à quoi bon raisonner quelqu’un qui se meurt d’amour!)
Je peux encore sentir son odeur sur ma page. Ses doigts sur son clavier. La goutte de sueur sur son front. Il se croit invisible, mais je l’observe, je le suis, je scrute chacun de ses gestes à quelques heures de là.
Enfin quelqu’un qui me ressemble. Quelqu’un qui cherche à connaître les gens en demandant l’histoire de leur vie à Google. Quelqu’un qui épluche chaque trace laissée par la personne en s’inventant l’image complète de son existence. Quelqu’un qui n’écrit pas de messages, ne laisse pas de commentaires, qui garde jalousement ses phantasmes pour lui seul. Qui vit dans un monde translucide.
Ha, si seulement je pouvais embrasser et posséder les poubelles de son esprit aussi violement qu’il s’approprie des miennes.