L’interaction à travers les blogues, c’est lâche. L’interaction par l’écriture c’est lâche en général. On nous a appris à être lâches très jeunes. “Si tu n’es pas confortable d’en parler à tes parents, tu peux peut-être leur écrire une lettre et la placer sur la table de cuisine?” “Pour dire que tu aimes grand-maman, fais-lui donc une carte et envoie-la par la poste.” “Si tu veux déclarer ton amour à ta flamme, glisse-lui donc une note dans son casier.” Les paroles s’en vont, les écrits restent? Mensonges! Ils s’en iront vos écrits. Dans la poubelle. Dans le bac de récupération. Dans le feu. Dans les limbes informatiques. Ils seront perdus, effacés, oubliés…et vous n’aurez même pas vécu l’émotion de les dire…et vous n’aurez même pas su l’émotion de les recevoir.
Ce qui m’amène à répondre à certaines personnes qui m’accusent d’attaquer des gens fragiles, encourager le désespoir et propager des pensées suicidaires. Tout ceci est parfaitement vrai. Car rien ne vaut un bon suicide pour se donner le goût de vivre.
Moi-même, je suis sur le point de me pendre, me tirer une balle, me lancer devant un train, me trancher une artère, m’empoisonner, me noyer, m’étrangler ou m’engager un tueur à gages au moins trois fois par jour. Quand je manque d’inspiration, je fais des recherches google sur les méthodes de suicide les plus efficaces ou les plus loufoques. Et malgré ce qu’en pense mon psychiatre, c’est parfaitement sain. C’est que, voyez-vous, je préfère les méthodes de suicide rapides à celles qui prennent des années à vous tuer: comme un travail ennuyeux, un mariage malheureux, une passion réprimée, une amitié étouffante, une routine nauséabonde, une blessure dissimulée, une vie passée à faire semblant de vivre.
Ainsi, pour vous sortir d’une vie destinée à nier sa mortalité, je vous propose l’exercice suivant. 1) Commencez par choisir votre méthode de suicide; 2) Fixez une date pour votre exécution ; 3) Faites la liste des choses que vous voudriez faire avant de mourir. Avec la certitude de la mort, une panoplie de vos vieux rêves égarés vous sembleront tout à coup réalisables. Peur de finir sur l’assistance sociale si tu lâches ton travail de comptable pour te joindre à une troupe de théâtre? Et alors? De toute façon tu vas mourir. Peur de blesser ton partenaire en lui avouant que la passion a fui il y a bien longtemps par la porte arrière? Et alors? La culpabilité ne te suivra pas dans l’autre monde. Peur de devenir la risée de tes amis en troquant ton condo au centre-ville pour une yourte mongole? Peur de ne pas trouver d’éditeur pour ton futur roman? Peur de ne pas être élu? Peur de ne pas être aimé? Peur d’être seul? Toutes ces peurs qui justifient l’inaction paraissent futiles quand tu es certain de mourir.
Et quand tu vas découvrir toutes les possibilités de ton existence, tu vas vouloir reculer la date de ton suicide. Et la reculer encore. Parce qu’à chaque fois, il sera trop tôt pour partir: il y aura encore tant à faire.
Lecteur, tu vas mourir. Ce n’est pas la question. Tout le monde meurt. Si peu de gens vivent.
L’écriture, c’est lâche. L’écriture, ce n’est qu’une demi-vie. Mais c’est déjà ça.
Avertissement :Ce texte a pour but de vous encourager à vivre et non à mourir. Il ne remplace en rien une évaluation psychiatrique. Si vous éprouvez des pensées suicidaires réelles ou pensez souffrir de dépression ou d’anxiété, communiquez immédiatement avec un professionnel de la santé.